Entre l'âge de 18 et 30 ans, j'ai souffert d'anorexie nerveuse et de boulimie.
Pendant ces 12 longues années, j'ai traversé ma vie comme un fantôme, obsédée par les chiffres que m'indiquaient mon pèse-personne. Moi, qui adolescente rayonnait la santé, je me trouvais désormais esclave d'une image corporelle impossible à atteindre.
L'élément déclencheur : Perdre 5 livres pour mon bal de graduation. À l'époque, j'étais très althlétique, et je trouvais que mes jambes étaient trop musclées... moi c'était des jambes "Christian Dior" que je voulais !! Et je les ai eues ... lorsque je suis passée de 130 à 85 livres.!!!
Alternant d'un régime (inhumain) de 1 pomme et quelques feuilles de chou par jour à des crises de boulimie durant lesquelles je pouvais me faire vomir jusqu'à 30 fois en une soirée, je me suis "tuée" à petit feu.
Vers la fin de ma maladie, je ne parvenais plus à boire de l'eau, sans par la suite me la faire vomir.
J'étais prise dans un engrenage et je n'avais plus aucun contrôle. J'avais peur de la nourriture au point ou même si je savais que mon corps ne tiendrait plus très longtemps, je n'étais simplement PLUS CAPABLE de m'alimenter.
Plusieurs fois, je me suis retrouvée à l'urgence à recevoir du potassium, car mon taux sanguin était à peine plus élévé que le taux considéré comme fatal par le corps médical. Mon coeur ne tenait plus qu'à un fil et il ne me restait plus, selon les médecins, que quelques mois à vivre si je continuais comme ça.
J'ai été traitée à la clinique des troubles de l'alimentation de l'Institut Douglas.
Je n'ai que des éloges envers cette équipe multi-disciplinaire qui m'a permis de me réapproprier ma vie. On ne se sort pas aisément d'un problème de santé mentale comme celui-là. Il nous faut de l'aide, beaucoup d'aide et un milieu humain dans lequel on ne se sent pas jugé ... Chacun va à son rythme.
Pour ma part, J'ai choisi de refaire mon parcours, mais à l'envers cette fois. Ré-apprendre à manger comme un bébé à qui on présente les aliments un à un pour la première fois. Me servir de "mon entêtement" , de ma "rigidité" et mon "perfectionnisme" non pas pour maigrir mais pour MANGER et accepter de reprendre du poids pour m'en sortir. Chaque assiette à ingurgiter fût, pendant plus d'un an, un "médicament" que je me forçais à prendre. Que j'en ai pleuré des assiettes de spaghetti !
Aujourd'hui, 11 ans plus tard, je vous écris ce témoignage (de mes 135 livres) pour vous dire que c'est possible de s'en sortir. De vraiment s'en sortir !!!
Il m'aura fallu combattre mes démons et accepter de faire face à mes peurs. Pour moi l'anorexie et la boulimie auront été des "gestionnaires d'émotions" qui me permettaient de me "GELER" pour ne pas ressentir (un peu comme l'aurait fait l'alcool ou la drogue).
J'ai appris à gérer mes émotions de façon saine et je me sors grandie de cette période sombre. Mais toutes n'ont pas cette chance. Il faut effectivement en parler et déstigmatiser la maladie mentale.
En plus de mon travail, je vais parfois dans les écoles pour parler aux jeunes de mon expérience et les mettre en garde contre l'anorexie et la boulimie. À chaque fois, je reçois autant de questions et de commentaires. Il y en a trop, beaucoup trop, toujours trop et malheureusement elles sont de plus en plus jeunes (il y a de plus en plus de jeunes garçons aussi)!
Merci de cette initiative et ensemble essayons de faire une différence!
Marie-Josée

Marie-Josée (St-Hubert)