Je m’appelle Sara et j’ai 27 ans. Il y a un peu plus d’un an, le diagnostic tombait : trouble anxieux généralisé accompagné d’une bipolarité de type 3 avec des cycles complexes. J’ai toujours su en dedans que quelque chose clochait, mais je finissais toujours par me convaincre que c’était normal... Les pensées qui filent à une vitesse fulgurante; un inconfort lors de périodes de solitude la nuit; élaborer des plans d’urgence en cas de désastre naturel; une peur viscérale de la mort; localiser les sorties de secours dans les lieux publics; me ronger les ongles et les cuticules jusqu’à en saigner; des opinions qui changent d’une journée à l’autre; des habiletés sociales très limitées; une agressivité soudaine et inexpliquée; et par-dessus tout, une fatigue physique et mentale intense...

Faut dire que la vie n’est pas des plus simples en ce moment... Je suis monoparentale de deux filles en bas de sept ans. Les deux ont différents suivis (CLSC et hôpital) pour cause de retard de développement et/ou problème de comportement. Le papa est disparu de la carte pour une période indéterminée. Vivre sur les prêts et bourses, c’est pas simple. Faut jongler entre les repas de La grande table et Moisson Estrie qui trouve que je gagne trop pour avoir droit aux dépannages! Je me dis que je vais avoir mon diplôme cet été et ça devrait se simplifier une fois que j’aurai un emploi.

Je prends de la médication pour m’aider à traverser tout ça. C’est pas un remède miracle, mais la voix de la panique n’est plus aussi stridente entre mes deux oreilles. J’arrive même par moments à ne plus l’entendre. Par contre, ç’a un prix... qu’on appelle « effets secondaires ». J’ai entre autres pris 25 livres en un an... Aussi, la médication, quand tu la prends, t’as une heure ou deux pour te coucher et puis t’es « coma » pour environ les douze heures qui suivent! Puis, ça tombe sur l’estomac, c’est pas drôle...

Mais, c’est sûr que j’ai aussi de belles choses qui me sont arrivées depuis. Ça en prend, sinon, on vire littéralement fou! J’ai un copain qui est au courant de tout ça et qui m’aime malgré tout. Il dit avoir les épaules assez solides pour m’appuyer. Je me plais à le croire. Aussi, y’a les filles qui, même si elles me donnent du fil à retordre, font des progrès fulgurants. Je suis tellement fière d’elles. Finalement, je pourrais dire que malgré les circonstances, 2013-2014 a été ma meilleure année, simplement parce que je me sens mieux dans ma peau et parce que je peux maintenant expliquer beaucoup de trucs qui me sont arrivés à cause de mes troubles mentaux. Une fois le deuil de la parfaite santé fait, on se console en se disant que vaut mieux être fous, le savoir et prendre ses médicaments, qu’être fou et penser qu’on est sain d’esprit! :-)

Sara (Sherbrooke)