Je crois que j’ai toujours su qu’il y avait quelque chose qui clochait avec moi. C’est ce que je me disais, j’étais pas normale. Je réagissais toujours trop pour la situation, j’étais incapable de gérer mes émotions, mes sentiments. Tout était noir ou blanc, tout ou rien. J’avais beaucoup d’anxiété aussi. À 6 ans, j’ai fait ma première crise. À 13 ans, j’ai commencé à me mutiler, à avoir des idées suicidaires, à vouloir fuir de chez mes parents, mon quotidien, ma douleur. Il y avait un vide constant que j’essayais de combler avec des douleurs physiques, des médicaments, des dépenses inutiles, juste pour me sentir un peu plus vivante.

À 18 ans, j’suis partie de Montréal pour déménager avec mon copain à Québec. Mes parents ont toujours pensé que j’voulais seulement vivre ma vie d’ado, ma crise d’ado, toujours ça et en y repensant, je comprends pas comment ils ont rien vu. Mais bref.

Le 28 février 2013, mon plan est fait, je vais mourir. Je sais ce que je vais faire, quand et comment, tout est planifié. Mais le même soir, mon copain vient me parler pour me dire que je devrais peut-être consulter, ça doit faire 4-5 mois que tout ce que je fais, c’est m’isoler dans ma chambre et pleurer. Ça l’inquiète. Il a bien fait, parce que le lendemain, j’ai rien fait.

Le lundi suivant, 4 mars 2013, l’idée me reprend. J’me dis que ça serait tellement plus facile. Mais j’me donne un choix. Soit je continue en autobus et je vais à l’hôpital, en repensant aux paroles de mon copain, ou je vais à l’école et en revenant chez moi le soir, ça finit là.

Coup de chance, coup de vie, le destin, peu importe. Une chanson m’apparaît dans les oreilles et ça dit que l’aide que je cherche se trouve juste au coin, « Just around the corner ». Ça semble tellement irréaliste, mais c’est vrai, ça m’est vraiment arrivé et si on me l’avait dit avant que ça arrive, jamais j’y aurais cru.

J’ai donc continué jusqu’à l’hôpital et au triage, j’me suis mise à pleurer, à dire que je voulais mourir, que j’en pouvais plus, je savais pas où aller. J’ai passé une journée en psychiatrie où j’ai pleuré, pleuré, mais autant de tristesse que de réconfort.

Un an plus tard, j’ai fini mes deux thérapies pour ce qui s’est avéré être un trouble de personnalité limite, un trouble anxieux et une dépression majeure.

Un an plus tard, mon trouble s’est tourné en traits de personnalités, mon trouble anxieux est contrôlé et ma dépression est derrière moi. Et ce, non sans des efforts plus que considérables.

En un an, j’ai appris à m’aimer, à m’accepter, mais surtout à me connaître, connaître mes besoins, mes limites, ce que j’aime ou pas. Des choses de base que je ne connaissais même pas avant cela.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans, j’ai fini ma deuxième année de soins infirmiers, j’habite avec un homme merveilleux qui m’a soutenue plus que n’importe qui et avec qui j’espère un jour fonder une famille.

Ne lâchez jamais l’espoir que vous avez de vous en sortir. Même si tout apparaît noir, qu’on pense que c’est fichu, il y a toujours quelqu’un quelque part prêt à vous aider.

Et souvent, il est juste au coin.

Ariane (Québec)