Mon nom est Marie-Claude. J'ai 27 ans. En cinquième année du primaire, j'étais déjà très stressée et anxieuse. Je ne savais pas ce qu'était l'anxiété ni même que les émotions négatives qui m'habitaient portaient un nom et pouvaient être soulagées. Lors d'un examen de mathématiques, trop angoissée à l'idée de ne pas avoir LA bonne réponse, j'ai vomi sur ma copie. C'était le début d'un long calvaire. À tous les examens de mathématiques, la crainte qu'une telle situation se reproduise créait en moi une angoisse incontrôlable. La situation se reproduisait. Avec le temps, j'ai réussi à surmonter ma crainte. J'ai subi les moqueries de quelques camarades de classe et les commentaires impatients de certains professeurs qui ne me comprenaient. Moi, petite fille modèle ayant toujours bien réussi, je m'écroulais sous la pression. Je m'infligeais une telle pression, un tel devoir de réussir. En secondaire deux, j'ai déménagé. Ce fût le retour des crises d'anxiété qui ne m'avaient pas habité en secondaire un. J'ai voulu me tuer un matin d'automne. Je l'ai dit à ma mère avant qu'elle ne parte pour aller reconduire mon père à son travail. Elle m'a amené avec elle et elle a réalisé (enfin!) mon appel à l'aide. J'ai commencé à consulter une psychologue. Cela m'a fait un grand bien. J'ai compris le mal qui m'habitait. Cette volonté de plaire, d'être aimée, de réussir, de performer, de me dépasser outre mesure.

J'ai terminé mon secondaire cinq en faisant un pied de nez aux mathématiques. J'étais fière de ne plus avoir à en faire... Mais le mal s'est déplacé ailleurs. Après le Cégep, j'ai fait des crises d'anxiété avant de commencer l'université. À un point tel où j'ai arrêté l'université après seulement un seul cours. Je vomissais, je tremblais, je pleurais. Je n'avais plus d'énergie. Pendant un an et demi, j'ai travaillé à temps plein et j'allais bien. Quand j'ai voulu retourner à l'école, j'avais peur de recommencer à faire de l'anxiété. Moi qui avais toujours aimé l'école... voilà que je la craignais. J'ai vu une psychothérapeute et travailleuse sociale dans un CLSC de mon quartier et j'ai travaillé sur moi. J'ai aussi appris à mieux manger, à faire de l'exercice, à mieux dormir... À penser à moi. Tous ces éléments combinés m'ont permis d'aller mieux. J'ai fait un cours professionnel... Et, quand j'ai voulu retourner à l'université, le mal est réapparu. Plus fort encore. Je ne voulais plus vivre. Une boule négative était coincée dans ma poitrine et me démangeait l'intérieur, me rongeait, me grugeait. J'ai consulté un médecin et il m'a prescrit des antidépresseurs pour vaincre mon anxiété généralisée. J'avais honte de prendre des médicaments. J'avais tellement honte. Je ne voulais pas « me rendre jusque-là ». Après quelques semaines d'arrêt de travail, j'ai revu le soleil. Dans les deux sens du terme. Les médicaments m'ont sauvé la vie. Je suis redevenue moi-même. Je me suis reconnue, je suis revenue à la vie.

J'ai fait mes trois ans d'université sans embûches aucune. J'étais heureuse. Après l'université, je suis tombée enceinte et j'ai cessé de prendre mes antidépresseurs. Pendant la grossesse et pendant mon congé de maternité, mon nouveau bonheur aidant, je n'ai pas souffert d'anxiété. Six mois après mon retour au travail, j'ai été happée. Happée par ma volonté d'être la meilleure, de dépasser les attentes. L'anxiété est réapparue, encore plus vive. Je voulais être parfaite. Encore le mal dans la gorge. J'ai revu un psychologue (je n'aurais jamais dû arrêter!) et ça s'est replacé... Quelques mois plus tard, rechute. Prise de médicaments... Mais s.v.p. seulement 37,5 mg. Pas plus. Honte....... Quelques mois plus tard. J'ai envie de mourir. Je ne serai jamais capable d'affronter tous les défis professionnels qui m'attendent avec brio, je ne suis pas bonne, les gens parlent contre moi, je ne réussirai pas... Je m'effondre sur le plancher le matin devant mon fils et je pleure. Incapable d'avancer, incapable de fonctionner. J'ai changé de psychologue et elle m'a aidé à voir mon anxiété différemment. À cesser de la voir comme une bibitte anormale, à commencer à l'apprivoiser et à comprendre ce qu'elle essaie de me dire. J'ai augmenté ma dose d'antidépresseurs. Et, devinez quoi? Je me suis retrouvée. Sous cette couche de noirceur, j'étais encore là. Prête à surgir, à sourire et à rire à nouveau. Quel soulagement!

Maintenant, je vais bien. Et, je n'arrêterai pas le psychologue. Ni les médicaments. J'en ai besoin.

Les préjugés face aux maladies mentales doivent cesser. Ça urge. De petits garçons et de petites filles souffrent en silence d'un mal sournois. Il faut les aider.

Marie-Claude (Saint-Michel)